L'histoire du Domaine de Cabarrouy racontée par Lucie d'Incau

photo @ work in process




Domaine de Cabarrouy, des vins de Lumière qui servent d'alibi au rêve




Il y avait des pâtures, des moutons, un vaste horizon et le pic de Ger. C'est là, sur ces

terres singulières et verticales de Lasseube, en Béarn, que Patrice Limousin et Freya Skoda

ont choisi de planter une vigne. Et initié une audacieuse vision culturale traduisant un

rêve, un désir vigneron. Ou comment faire des vins à l'image des lieux : purs et libres. La

force et la signature du Domaine de Cabarrouy.




Atteindre le Domaine de Cabarrouy, c'est d'abord monter jusqu'au petit village de Lasseube, puis monter encore, s'engager sur un chemin aérien, avant d'atteindre un lieu puissant et beau. Des bouts de terre patiemment défrichés, perdus au milieu de prairies, de bois, de collines et d'à-pics qui touchent le ciel. Le reste, c'est une ferme béarnaise, des bâtiments autour d'une cour centrale, ramenés à la vie par un couple qui a réalisé son rêve : enfanter des vins au caractère tellurique ! La rencontre entre Patrice Limousin et Freya Skoda. Lui, était viticulteur dans le Muscadet. Elle, étudiante berlinoise, venue faire les vendanges. L'amour a fait le reste.

Leur vigne s'est installée en "Pays de Béarn", tourmenté, plissé, par la surrection des Pyrénées. Des terres mêlées, expulsées au Crétacé qui forment un substratum de calcaires et de flysch. En 1988, avec Freya, Patrice plante 2 hectares de petit et gros manseng, rangés en parcelles. Et reconstitue un petit vignoble sur les 21 hectares en friches. Un endroit qui avait gardé son identité de biotope primaire. Tout contre la vigne, le corps de ferme à l'abandon trouve un nouveau destin, intégré dans l'espace et dans le temps, fidèle à l'héritage fragile. Bien sûr, ils ont gardés la vieille bâtisse, ses dépendances, sans la départir de son aura. On se sent au coeur du Béarn. La vie est bien là, déployée en paysage panoramique grandiose, unique, dans ce lieu discret, protégé. Un lieu dont le charme est mis en valeur par l'aménagement pensé. Un travail colossal avec, comme fil conducteur, le désir de bien recevoir. Et transcender le terroir. Originellement, des vignes étaient déjà là, au 18ième siècle, sur la propriété. Mais les racines du domaine remontent bien plus loin : on retrouve mention dans les écrits, au 17ième siècle, d'un Arnaud Caparrouy ; celui qui a donné son nom à la lignée des Cabarrouy de Lasseube. Un nom pris dans la chaîne des générations. Un nom patronymique rattachant le domaine à la famille. Un nom local, aussi porté par le gypaète barbu. L'oiseau des montagnes qui marque de sa silhouette, les étiquettes. Et inspire les vins.




La passion de Dionysos




Aujourd'hui, les 2 hectares ont grandi. De nouvelles parcelles sont venues les rejoindre. Tout ça fait 5,30 hectares de vignoble qui dévalent les pentes vives du versant sud, jusqu'à la lisière de la forêt et se fondent dans la couronne de montagnes enneigées.

Patrice et Freya ont réalisé leur rêve, élargit leur horizon, découvert un autre monde. Ils ont fait ce qu'il fallait ; aimer et respecter ces coteaux de solitude et retrouver la beauté des lieux dans les vins. C'est une culture de paysage. Un tout qui vieille aux équilibres, qui développe une pensée vigneronne. Les vignes ont appris l'autorégulation et l'autodéfense. Chaque pied reçoit sa part d'air, d'ombre et de lumière pour une récolte saine et concentrée. Pour apprivoiser les ceps, les deux vignerons suppriment les entre-coeurs, ébourgeonnent le plus tôt possible, quand les premières feuilles commencent à s'étaler. Inversement ils repoussent l'écimage le plus tard possible, laissant pousser les tiges vers la liberté, avant de leur couper l'apex. Tout au long de l'année, entre les rangs, pousse de l'herbe. Ce couvert permanent s'étend même aux "tournières". Les vignes sont bien dans leur sol. Un jardin sauvage où l'on trouve l'orchidée tremblante et l'orchis pyramidal qu'on appelle la "pentecôte". Patrice connaît par coeur les cépages à force de les avoir observés. Au chai, ses vins sont transcendés dans la traduction du terroir. La cuverie brille dans l'ombre, métamorphose les grappes blondes en Jurançon magnétique et minéral. Le petit manseng se fait aérien, solaire, rayonnant dans des cuvées précieuses. Vient Ambre de Samonios qui livre l'éclat des fruits mûrs allié à des épices mystérieuses, venues de l'Orient lointain. Et qui tire son nom du premier mois d'un calendrier où durant trois nuits de novembre les hommes ont accès au monde des dieux. Pour bien marquer la différence, le Givré de Cabarrouy, avec sa douce lumière orangée, est conditionné en flacon de 50 centilitres. C'est un concentré de vendanges tardives, l'étreinte de nuits glaciales et de raisins passerillés où le givre se dépose sur les tout derniers grains, confits sur pied,  et offre une récolte surréaliste. Le gros manseng est un subtil qui vous envoie discrètement des notes de fruits exotiques ou de fleurs blanches et de buis. Les blancs secs révèlent leur socle minéral, éclatant de fruit et de fraîcheur. De la traversée des millésimes se dégage une sensation d'équilibre, de finesse et de précision.

Sans doute est-ce cela le style du domaine : "une relation d'amour et de raison."




Texte de Lucie d'Incau pour la Newsletter des Vignerons du Jurançon , novembre 2017





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